Somaliland : LE « nouveau » pays stratégique d’Afrique ?
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Le 26 décembre dernier, une annonce venue de Tel-Aviv a pris de court diplomates et observateurs du monde entier. Israël a officiellement reconnu l’indépendance du Somaliland. Un geste historique, car cet État de la Corne de l’Afrique, qui s’est proclamé indépendant en 1991, n’avait jusqu’ici jamais été reconnu par un pays souverain.
Sur le terrain pourtant, le Somaliland fonctionne depuis plus de trois décennies comme un pays indépendant. Ce territoire de 4,5 millions d’habitants dispose de sa propre Constitution, d’une armée, d’une monnaie et d’institutions politiques relativement stables. Une situation qui contraste fortement avec celle de la Somalie, dont il s’est séparé après une guerre particulièrement violente à la fin des années 1980, souvent décrite comme ayant des caractéristiques génocidaires.
Aujourd’hui encore, la Somalie fédérale reste fragilisée par des attaques régulières menées par le groupe islamiste Al-Chabaab et par la branche locale de l’organisation État islamique. L’insécurité et la corruption y demeurent très élevées. À l’inverse, le Somaliland s’est forgé la réputation d’un territoire relativement pacifique et démocratique dans une région instable.
Pour de nombreux habitants, cette reconnaissance constitue un espoir d’ouverture vers le monde. Car les bénéfices potentiels sont considérables. Une reconnaissance internationale plus large permettrait au Somaliland d’obtenir l’acceptation officielle de ses passeports, facilitant les déplacements de ses citoyens. Elle ouvrirait également l’accès aux systèmes bancaires internationaux et aux financements d’institutions comme la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international, essentiels pour financer les infrastructures et le développement économique.
Pour l’instant, Israël reste seul. Les États-Unis, malgré des discussions exploratoires, n’ont pas officiellement suivi cette décision. Selon certaines informations, des responsables américains ont récemment étudié les côtes du Somaliland en vue d’une possible implantation militaire, sans qu’aucune annonce officielle n’ait été faite. Cette reconnaissance israélienne a en revanche suscité une vive opposition. L’Union africaine, l’Égypte, la Turquie et plusieurs pays membres de l’Organisation de la coopération islamique ont réaffirmé leur attachement à l’intégrité territoriale de la Somalie. Pour ces États, reconnaître le Somaliland reviendrait à fragiliser un principe fondamental du droit international : celui de l’intangibilité des frontières héritées de la décolonisation.
La position stratégique du Somaliland constitue un facteur déterminant. Ses côtes bordent le golfe d’Aden, face au Yémen, à proximité du détroit de Bab el-Mandeb — un passage maritime crucial reliant la mer Rouge au canal de Suez. Cette zone est essentielle pour le commerce mondial et pour la sécurité maritime israélienne. Une présence alliée dans cette région offrirait un avantage stratégique face aux rebelles houthis au Yémen et à l’influence croissante de la Turquie.
Pour le Somaliland lui-même, les conséquences restent incertaines. À court terme, cette reconnaissance renforce la légitimité du gouvernement et nourrit l’espoir d’une reconnaissance internationale plus large. Mais elle comporte aussi des risques. Le groupe Al-Chabaab, qui avait jusqu’ici relativement épargné le Somaliland, pourrait considérer ce rapprochement avec Israël comme une provocation. Cette décision place donc le Somaliland à un tournant historique. Entre opportunité diplomatique et pari stratégique risqué, l’avenir de ce territoire dépendra désormais de la réaction du reste du monde — et de sa capacité à transformer cette reconnaissance symbolique en véritable reconnaissance internationale.
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