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Quel sort pour les trois millions d'Afghans contraints de rentrer dans leur pays?

Quel sort pour les trois millions d'Afghans contraints de rentrer dans leur pays?

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Après le Pakistan ou l'Iran, plusieurs pays européens envisagent de reprendre les expulsions d'Afghans. On ne parle, pour le moment au sein de l'Union européenne, que de personnes condamnées pour des faits de crimes, mais cette perspective relance un double débat : le sort réservé aux personnes renvoyées sous le régime taliban et la question d'une éventuelle normalisation des relations avec Kaboul. L'ONU le répète : l'Afghanistan reste l'un des pays les plus dangereux au monde. Dangereux pour les femmes, privées de la quasi-totalité de leurs droits. Dangereux aussi pour les anciens fonctionnaires, les ex-militaires de l'ancien régime, les journalistes ou encore les militants des droits humains. Les Nations Unies l'ont documenté : les retours ne sont pas sûrs. Des rapatriés ont été arrêtés arbitrairement et certains ont été torturés. D'où l'appel de l'ONU à suspendre les expulsions au nom d'un principe simple : celui du « non-refoulement ». Autrement dit, le droit international interdit le renvoi d'une personne vers un pays où elle risque des persécutions. C'est aujourd'hui le cas de l'Afghanistan. Audition au Parlement européen sous tension Malgré ces risques, plusieurs pays européens envisagent de reprendre les expulsions. Cette semaine, le commissaire européen chargé des migrations, l'Autrichien Magnus Brenner, a été auditionné par les eurodéputés dans un climat tendu. En cause : l'invitation, le 23 juin près de Bruxelles, d'une délégation talibane, à l'initiative d'une quinzaine d'États membres. La Belgique ou encore la Suède souhaitent pouvoir expulser les Afghans condamnés pour des faits de crimes en Europe. Cela concernerait, selon plusieurs sources, « quelques centaines » de personnes. Mais des ONG et plusieurs eurodéputés dénoncent cette évolution. Au-delà des risques pour la sécurité des personnes expulsées, ils s'inquiètent des discussions engagées avec les talibans. « On ne peut pas, d'un côté, défendre les droits humains et, de l'autre, négocier avec un régime accusé de les bafouer », résume l'eurodéputée belge Saskia Bricmont. Vers une normalisation des relations ? Cette question renvoie à un autre enjeu : discuter avec les talibans n'est-il pas déjà une forme de reconnaissance ? L'organisation des retours implique en effet des interlocuteurs officiels en Afghanistan. Or, la position des Vingt-Sept est claire : l'Union européenne n'entretient pas de relations diplomatiques avec les talibans. Dans les faits pourtant, l'unité européenne se fissure. Fin 2025, l'Allemagne a accepté, pour la première fois, l'installation à Bonn et à Berlin de diplomates afghans nommés par les talibans. Depuis, au moins 50 Afghans ont été expulsés du pays. Du Pakistan à l'Iran… Trois millions de retours attendus en 2026 La question des retours des Afghans dépasse largement le cadre européen. Selon le HCR, l'agence des Nations unies pour les réfugiés, 1,1 million d'Afghans devraient rentrer cette année du Pakistan. Ils seraient plus de 1,6 million à revenir d'Iran. La majorité de ces personnes vivent à l'étranger depuis parfois 40 ans. Beaucoup ont des enfants nés hors d'Afghanistan. Le Pakistan et l'Iran justifient cette politique par le poids que représentent ces réfugiés pour leur économie. Au total, trois millions de retours sont attendus en 2026. Un défi humanitaire pour un Afghanistan déjà sous tension Ces trois millions de retours s'ajouteraient aux six millions d'Afghans déjà revenus depuis 2023. C'est aussi un défi majeur pour le régime taliban. Dans un pays de 43 millions d'habitants, l'aide internationale s'est effondrée. L'économie, le système de santé, l'éducation et l'emploi sont déjà sous forte pression. Les ONG, elles aussi, travaillent désormais sous une surveillance étroite. Résultat : les Afghans vivant à l'étranger se retrouvent pris en étau, entre des pays qui veulent accélérer leur départ et un Afghanistan qui semble incapable de les accueillir. À lire aussi«Ils me tueront»: en Suède, l'angoisse des Afghans face aux négociations avec les talibans
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