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Menaces sur l’information

Menaces sur l’information

Written by: RFI
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Chaque année, la liberté de la presse est soumise à une pression croissante à travers le monde. Selon le dernier rapport de l'ONG Reporter sans Frontière, publié en mai 2024, plus de la moitié de la population mondiale vit dans des environnements extrêmement hostiles à la liberté d'expression journalistique, où exercer ce métier représente un danger pour la vie et la liberté. Pour illustrer ce constat alarmant, la chronique « Menaces sur l'Information » vous invite à découvrir les défis auxquels sont confrontés les journalistes dans le monde, à travers des portraits de ceux qui ont affronté la répression de la liberté d'expression et qui y ont parfois laissé la vie. Chaque récit met en lumière les enjeux cruciaux de notre époque pour une presse libre et indépendante.

Diffusion : tous les samedis à 6h17, 7h53 et 18h17 TU.

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  • Présidentielle en Ouganda: journalistes sous pression, entre violences, autocensure et guerre numérique
    Jan 10 2026
    À quelques jours du scrutin du 15 janvier, plusieurs reporters ougandais disent travailler dans un climat de peur. L’agression du journaliste Ivan Mbadi, lundi 5 janvier, alors qu’il couvrait la campagne de l’opposant Bobi Wine, illustre une dérive documentée depuis des années par les défenseurs de la liberté de la presse. Sur une vidéo largement diffusée, Ivan Mbadi apparaît plaqué contre une voiture, chancelant, puis assis, visiblement sonné. Plus tard, à l’hôpital, il est filmé affaibli, un bandage autour du cou. Selon son entourage, il aurait été pris pour cible après avoir filmé des policiers utilisant du gaz lacrymogène. Pour Keneth Kitambula, chargé de programme au sein du centre ougandais des droits de l'homme, cette attaque n’a rien d’un accident isolé. « En Ouganda, les journalistes sont intimidés et violentés au quotidien. Ivan a été "chanceux" parce qu’il accompagnait Bobi Wine, dont l’équipe est très efficace pour documenter ces abus. Mais à la base, dans les zones rurales, nous avons des journalistes arrêtés, parfois torturés, sans que cela ne sorte dans l’espace public ». Un pays mal classé pour la liberté de la presse Selon Reporters sans frontières, l’Ouganda se classe 143ᵉ sur 180 pour la liberté de la presse. L’index 2024 du Human Rights Network for Journalists (HRNJ) recense 110 cas de violences contre des journalistes et professionnels des médias. « La situation politique a toujours influencé le travail des journalistes en Ouganda. Ils naviguent dans un environnement fragile, tiraillés entre leur sécurité et leur devoir d’informer », explique Keneth Kitambula. La Constitution garantit pourtant la liberté d’expression (article 29) et le droit d’accès à l’information (article 41). Mais, sur le terrain, « ces textes sont largement ignorés par les forces de sécurité ». Kawempe North, laboratoire de la répression L’élection partielle de Kawempe North, en mars dernier, reste dans toutes les mémoires. Des journalistes y avaient été battus et leur matériel détruit. Canary Mugume, journaliste d’investigation à NBS Television, était sur place ce jour-là. « Nous avions déjà remarqué une présence sécuritaire, mais là c’était inhabituel : des chars dans les rues, une présence militaire extrêmement lourde ». Puis la situation dégénère. « J’ai pris une photo de militaires en train d’embarquer des journalistes de force. Quand l’un d’eux m’a vu, il a foncé sur moi avec un long fil, épais comme un câble électrique. J’ai levé la main en signe de reddition. En trente secondes, j’ai cru que ma vie s’arrêtait là ». De retour à la rédaction, il apprend que plusieurs confrères ont été hospitalisés, parfois pour des blessures à la tête, aux genoux ou au dos. Les journalistes couvrant l’opposition ciblés Pour Keneth Kitambula, les risques sont particulièrement élevés pour ceux qui suivent l’opposition, notamment lors des déplacements de Bobi Wine, mais aussi auparavant de Kizza Besigye. « Ce sont surtout les journalistes qui couvrent l’opposition qui sont pris pour cible ». Certaines rédactions sont aussi directement entravées. Le Nation Media Group – qui détient notamment Daily Monitor et NTV – a été banni par le président Museveni de la couverture de ses rassemblements. Le Parlement a également interdit à ses journalistes l’accès aux séances. Résultat : un déséquilibre d’accès à l’information et une crédibilité fragilisée auprès du public. Larry Madowo, la désinformation et l’autocensure Même les journalistes internationaux sont désormais concernés. Le reporter de CNN Larry Madowo a été aspergé de gaz lacrymogène alors qu’il suivait la campagne de Bobi Wine. Après avoir tweeté que « le gaz lacrymogène ougandais a un goût différent », il a fait l’objet d’une campagne de dénigrement en ligne. Une vidéo deepfake a même circulé, prétendant à tort que le président Museveni l’avait banni du pays. « Cela crée un véritable climat de peur. Quand on s’en prend à CNN, un média international, l’État envoie un message clair aux reporters locaux : "si on peut faire ça à eux, imaginez ce qu’on peut vous faire à vous" ». Cette pression alimente l’autocensure. « Les journalistes se disent : je ne vais pas faire ce sujet, je ne veux pas risquer ma vie. Cela rend la couverture des élections de plus en plus difficile », observe Keneth Kitambula. Une décision de justice restée lettre morte En 2024, la Haute Cour ougandaise a jugé que les attaques contre les journalistes étaient inconstitutionnelles. Mais pour les défenseurs de la presse, l’absence de sanctions concrètes entretient un sentiment d’impunité. Pour Canary Mugume, le scénario est déjà écrit : « Depuis Kawempe en 2021 jusqu’aux attaques de cette campagne, tout prépare le terrain pour la semaine prochaine. ...
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  • À l’ère de l’intelligence artificielle, le journalisme doit se réinventer
    Jan 3 2026

    Quel avenir pour le journalisme en ce début d'année 2026 ? La profession est constamment remise en question et même menacée, avec le développement exponentiel de l'intelligence artificielle. Chaque année, le Nieman Lab, un think tank rattaché à l'université américaine de Harvard, publie ses prédictions. Des dizaines de notes de personnalités du journalisme qui dressent un constat parfois très pessimiste mais offrent aussi des pistes de réflexion pour que les médias s'adaptent et survivent.

    L'intelligence artificielle redessine l'architecture même des salles de rédaction, constate Nikita Roy, fondatrice de Newsroom Robots Lab, un site de réflexion sur le journalisme et l'IA. Pour cette jeune journaliste, les médias sont confrontés à des changements majeurs : le public ne se contente plus de lire des informations mais dialogue directement avec l'intelligence artificielle pour obtenir des réponses. L'IA coupe tous les chemins d'accès aux médias et devient une porte d'entrée à l'information, enfin, l'intelligence artificielle devient créatrice d'information puisqu'elle se sert directement des contenus produits par les journalistes pour les recombiner, sans les contextualiser

    Dès lors comment continuer à exister pour un média traditionnel ? se demande Nikita Roy, lors d'une récente intervention au Global Media Forum. « La grande question que je pose aux salles de rédaction, c'est : si vous avez passé un accord avec ChatGPT ou pas d'ailleurs, et que vos informations sont consommées par ces bots, comment votre public va savoir qu'il s'agit bien de vos informations qu'ils consomment ? Que devient votre marque quand elle est consommée par une IA au milieu de multiples sources d'informations ? ».

    Un réel risque de disparition des médias traditionnels

    Le risque d'effacement des marques et de disparition des médias traditionnels est réel, selon plusieurs analystes qui publient leurs prédictions sur le site du Nieman Lab. Mais chacun y va de sa solution. Pour Basil Simon de l'université de Stanford, les médias devront restaurer la confiance avec leur auditoire, en misant sur la technologie. Selon lui, il faudrait développer une sorte de « pass de presse électronique » pour les journalistes qui scellerait cryptographiquement leurs paroles et images. Une information authentifiée contre les fake news véhiculées parfois par l'IA. Pour d'autres, les journalistes doivent cultiver leur différence et offrir des informations singulières, à la manière de marchands de glaces, qui proposeraient des saveurs et des contenants multiples, ironise Rishad Patel, cofondateur de Splice Media. Nick Usher, de l'université de San Diego suggère, lui, de faire un pas de côté. L'année 2026, dit-il, sera celle où les journalistes abandonneront les conférences de presse, car l'information institutionnelle est accessible à tous sur internet et n'apporte aucune plus value. Aller sur le terrain, enquêter, serait la clé.

    C'est ce que promeut aussi Alexandra Borchard, professeur à l'Université technologique de Munich, de l'enquête exclusive, du local, de l'information de niche. Les rédactions doivent se concentrer, dit-elle, sur les 5% d'informations qu'une IA n'est pas capable de produire. Que ce soit en utilisant les nouvelles technologies, ou en décrochant leur téléphone à l'ancienne, les journalistes pourront collaborer et apprendre les uns des autres, se réjouit-t-elle, en comblant le fossé intergénérationnel au sein des rédactions.

    Aujourd'hui l'économieBulle de l’IA, emploi, croissance: les grands défis de l’intelligence artificielle en 2026

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  • Journalisme en 2025: une année dramatique selon un bilan de RSF
    Dec 27 2025

    67 journalistes tués, plus de 500 détenus... Le bilan de l'année 2025 est dramatique pour la presse à travers le monde. C'est ce qui ressort du rapport de l'ONG Reporters sans Frontières publié au début du mois. Parmi les pays les plus dangereux où exercer le métier de journaliste figurent cette année la Palestine, où 29 journalistes ont été tués à Gaza sur les 12 derniers mois. Mais aussi le Mexique, marqué par la violence liée au narcotrafic. Sans compter l'Ukraine, où trois journalistes sont décédés cette année, dont le Français Antoni Lallican. Au-delà de ce triste décompte, Reporters sans Frontières alerte aussi sur une menace croissante qui pèse sur la presse : la haine des journalistes. Un fléau en expansion, alimenté par certains dirigeants internationaux.

    « Vous savez, ce n'est même pas votre question qui me gène, c'est votre attitude... Vous êtes une mauvaise reporter. Une mauvaise personne et une mauvaise reporter », lance Donald Trump à une journaliste qui l'interroge sur la publications des fichiers Epstein.

    Les journalistes américains sont désormais habitués aux attaques du président américain contre la presse. L'une des dernières en date remonte à début décembre, lorsque le chef d'Etat répondait ainsi à une question d'une reporter de CNN : « Est-ce que vous êtes stupide ? Est-ce que vous êtes une personne stupide ? »

    Des propos dégradants et misogynes devenus récurrents dans la bouche du président américain... Propos qui participent au discrédit de la profession. D'après une enquête Gallup publié en octobre, la confiance des Américains envers les médias est à son plus bas niveau depuis que cet institut a commencé ses sondages sur la question, dans les années 1970.

    Pour Thibault Bruttin, directeur général de Reporters sans Frontières, ce type de discours est particulièrement dangereux aux Etats-Unis, comme ailleurs, puisque l'exemple de Donald Trump fait des émules : « Il y a un moment de bascule qui est clair, où partout à travers le monde, des forces politiques, pas forcément d'ailleurs réactionnaires, potassent le manuel de Donald Trump pour essayer eux aussi de remporter le succès électoral. Et donc ça opère évidemment une transformation significative de la relation qu'un grand nombre d'élus ou de forces politiques peuvent avoir avec les journalistes. »

    Une stratégie observée chez d'autres dirigeants populistes comme Robert Fico, en Slovaquie, ou Javier Milei, grand allié de Donald Trump. Le président argentin, élu fin 2023, insulte régulièrement la presse : « Ces journalistes corrompus, vendus... Ecoutez, journalistes corrompus, voilà ce que les gens pensent de vous ! » Réponse de la foule, en choeur : « hijos de puta », fils de pute...

    Selon le responsable de RSF, « ​i​​​l y a une stratégie délibérée de la part de certaines forces armées ou de certaines forces politiques pour délégitimer le travail des journalistes, pour essayer de les catégoriser comme des militants, voire même comme des terroristes ». Exemple frappant avec la guerre à Gaza : « C'est ce qu'a entrepris l'armée israélienne depuis le début du conflit à Gaza, avec une unité spécialisée dans le développement d'argumentaires qui permettent de décrédibiliser les journalistes. »

    Décrédibiliser, jusqu'à alimenter une véritable haine des journalistes. Pour Thibaut Bruttin, ce discrédit devient alors le « terreau du pire ». « Il y a une sorte de "permis de tuer" qui s'installe. Et c'est pour ça que nous alertons là-dessus. Il y a de la part de nos concitoyens une trop grande indifférence, qui est le résultat d'une apathie des organisations internationales et des responsables politiques à travers le monde. »

    Que peuvent faire les médias pour regagner la confiance des citoyens ? Dénoncer cette instrumentalisation de la presse, insiste Reporters sans Frontières. L'ONG appelle aussi les médias à faire leur autocritique, en s'emparant des reproches qui leur sont adressés par les citoyens, par exemple sur leur manque de transparence, et en y répondant avec une information rigoureuse et factuelle.

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