Dans l'ouvrage La marche de l'histoire, Vincent Citot, philosophe et Jean-François Dortier créateur de Sciences Humaines dialoguent autour des mécanismes de l'évolution culturelle de la société. Leurs points de vue en débat fournissent un regard stimulant sur l'évolution de l'histoire et de notre civilisation.
"L'histoire humaine a connu des grands moments de « big bang » culturel. Par exemple, il y a un moment clé de l'histoire des civilisations, c'est ce que l'historien Samuel Kramer appelait, dans son livre « L'histoire commence à Sumer ». A Sumer, vers 3500 ans avant Jésus-Christ, c'est-à-dire au sud de la Mésopotamie, l'Irak actuel, il y a une sorte de « big bang » culturel parce qu'apparaissent d'un seul coup l'écriture, les mathématiques, l'astronomie, une médecine, des écoles, apparaissent aussi une profusion d'innovations, la roue, la rare, les grands bâtiments, et donc il y a une explosion en un endroit et en un lieu. Et au cours de l'histoire, on trouve d'autres moments de ce type, on parle souvent du "miracle grec", quand sont apparus simultanément, au Vème siècle avant Jésus-Christ, la philosophie, l'histoire, la tragédie, la sculpture grecque magnifique, la démocratie.
A la même époque un phénomène similaire se produit en Chine, qui est beaucoup moins connu. On pourrait également partir à Bagdad, à l'époque du Moyen-Âge, où il y a une sorte d'effervescence culturelle. Donc, on peut s'interroger pourquoi à un moment donné, dans un même lieu, dans un même endroit, il y a ce que dans le livre on appelle les âges d'or du savoir, où se déploient des pensées dans différentes directions, pas simplement la philosophie, les sciences, la médecine, mais souvent la philosophie, les arts, et il y a une sorte de concentration.
Donc, une des questions qui se posent c'est pourquoi ? Pourquoi ici ? Pourquoi là ? Est-ce que c'est lié à des peuples ? Est-ce qu'il y a des conditions géographiques ? Est-ce qu'il y a des conditions économiques ? Voilà l'un des moteurs de notre question."
Bonne écoute pour la suite de l'entretien !
Christine Marsan, Alter'Coop.