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L’Asie en mouvement

L’Asie en mouvement

Written by: RFI
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Tous les vendredis, Joris Zylberman analyse le fait marquant de la semaine écoulée en Asie, de l’Australie à l’Afghanistan en passant par la Chine. Cette chronique dévoile ce qui se joue derrière l’actualité, en se plongeant dans l’univers asiatique.

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  • Quel sort pour les trois millions d'Afghans contraints de rentrer dans leur pays?
    Jul 17 2026
    Après le Pakistan ou l'Iran, plusieurs pays européens envisagent de reprendre les expulsions d'Afghans. On ne parle, pour le moment au sein de l'Union européenne, que de personnes condamnées pour des faits de crimes, mais cette perspective relance un double débat : le sort réservé aux personnes renvoyées sous le régime taliban et la question d'une éventuelle normalisation des relations avec Kaboul. L'ONU le répète : l'Afghanistan reste l'un des pays les plus dangereux au monde. Dangereux pour les femmes, privées de la quasi-totalité de leurs droits. Dangereux aussi pour les anciens fonctionnaires, les ex-militaires de l'ancien régime, les journalistes ou encore les militants des droits humains. Les Nations Unies l'ont documenté : les retours ne sont pas sûrs. Des rapatriés ont été arrêtés arbitrairement et certains ont été torturés. D'où l'appel de l'ONU à suspendre les expulsions au nom d'un principe simple : celui du « non-refoulement ». Autrement dit, le droit international interdit le renvoi d'une personne vers un pays où elle risque des persécutions. C'est aujourd'hui le cas de l'Afghanistan. Audition au Parlement européen sous tension Malgré ces risques, plusieurs pays européens envisagent de reprendre les expulsions. Cette semaine, le commissaire européen chargé des migrations, l'Autrichien Magnus Brenner, a été auditionné par les eurodéputés dans un climat tendu. En cause : l'invitation, le 23 juin près de Bruxelles, d'une délégation talibane, à l'initiative d'une quinzaine d'États membres. La Belgique ou encore la Suède souhaitent pouvoir expulser les Afghans condamnés pour des faits de crimes en Europe. Cela concernerait, selon plusieurs sources, « quelques centaines » de personnes. Mais des ONG et plusieurs eurodéputés dénoncent cette évolution. Au-delà des risques pour la sécurité des personnes expulsées, ils s'inquiètent des discussions engagées avec les talibans. « On ne peut pas, d'un côté, défendre les droits humains et, de l'autre, négocier avec un régime accusé de les bafouer », résume l'eurodéputée belge Saskia Bricmont. Vers une normalisation des relations ? Cette question renvoie à un autre enjeu : discuter avec les talibans n'est-il pas déjà une forme de reconnaissance ? L'organisation des retours implique en effet des interlocuteurs officiels en Afghanistan. Or, la position des Vingt-Sept est claire : l'Union européenne n'entretient pas de relations diplomatiques avec les talibans. Dans les faits pourtant, l'unité européenne se fissure. Fin 2025, l'Allemagne a accepté, pour la première fois, l'installation à Bonn et à Berlin de diplomates afghans nommés par les talibans. Depuis, au moins 50 Afghans ont été expulsés du pays. Du Pakistan à l'Iran… Trois millions de retours attendus en 2026 La question des retours des Afghans dépasse largement le cadre européen. Selon le HCR, l'agence des Nations unies pour les réfugiés, 1,1 million d'Afghans devraient rentrer cette année du Pakistan. Ils seraient plus de 1,6 million à revenir d'Iran. La majorité de ces personnes vivent à l'étranger depuis parfois 40 ans. Beaucoup ont des enfants nés hors d'Afghanistan. Le Pakistan et l'Iran justifient cette politique par le poids que représentent ces réfugiés pour leur économie. Au total, trois millions de retours sont attendus en 2026. Un défi humanitaire pour un Afghanistan déjà sous tension Ces trois millions de retours s'ajouteraient aux six millions d'Afghans déjà revenus depuis 2023. C'est aussi un défi majeur pour le régime taliban. Dans un pays de 43 millions d'habitants, l'aide internationale s'est effondrée. L'économie, le système de santé, l'éducation et l'emploi sont déjà sous forte pression. Les ONG, elles aussi, travaillent désormais sous une surveillance étroite. Résultat : les Afghans vivant à l'étranger se retrouvent pris en étau, entre des pays qui veulent accélérer leur départ et un Afghanistan qui semble incapable de les accueillir. À lire aussi«Ils me tueront»: en Suède, l'angoisse des Afghans face aux négociations avec les talibans
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  • Indo-Pacifique: face à la Chine, Narendra Modi mise sur des partenariats vitaux
    Jul 10 2026

    Le Premier ministre indien Narendra Modi est en tournée cette semaine en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique. Avec des étapes en Indonésie, en Australie et en Nouvelle-Zélande, trois pays qui occupent une place stratégique dans la vision indopacifique de l’Inde, New Delhi cherche à consolider son influence dans cette région qu’elle juge vitale. Elle y joue une carte essentielle : sécuriser ses routes maritimes et ses approvisionnements énergétiques.

    Le contexte mondial a changé la donne. Avec la guerre au Moyen-Orient et les tensions dans le détroit d'Ormuz, les approvisionnements énergétiques de toute l'Asie sont devenus extrêmement fragiles. L'Inde se retrouve doublement exposée : elle dépend du Golfe pour son énergie et de l'Indo-Pacifique pour ses routes commerciales. Par conséquent, elle cherche des alliés capables de la rendre plus résiliente sur la durée.

    L'Indonésie coche justement toutes les cases. L'archipel contrôle une bonne partie du détroit de Malacca, l'un des passages maritimes les plus fréquentés au monde. Jakarta joue en effet un rôle central dans la sécurisation du corridor maritime par lequel transite une part importante du commerce indien.

    Autre élément : la Chine muscle sa présence maritime dans la région. Pour New Delhi, c'est une menace directe sur la liberté de navigation. Autant dire que Malacca, pour l'Inde, c'est un axe stratégique vital et irremplaçable.

    En Australie, de l'uranium et des minerais critiques

    Autre étape stratégique : l’Australie, où il a été question de défense et de sécurité. Les deux pays sont membres du Quad, un forum de dialogue stratégique composé également des États-Unis et du Japon. Les liens militaires indo-australiens n’ont cessé de croître ces dernières années.

    Mais le sujet qui a dominé les discussions, c'est l'uranium. L'Australie détient près de 28% des réserves mondiales. Une ressource capitale pour l'Inde, qui veut développer massivement son nucléaire civil. Ce partenariat lui permet surtout une chose : de réduire sa dépendance au Moyen-Orient et à la Russie. Un enjeu d'autant plus sensible avec la crise dans le détroit d'Ormuz.

    Canberra représente aussi une alternative de poids sur les minerais critiques, indispensables à la transition énergétique et à l'industrie indienne de haute technologie, et dans un contexte de mainmise chinoise sur ces chaînes d'approvisionnement.

    En Nouvelle-Zélande, une visite historique

    La tournée se termine par une étape en Nouvelle-Zélande, qualifiée d'historique : c'est la première visite d'un Premier ministre indien en Nouvelle-Zélande depuis quarante ans.

    Ce n'est pas un hasard. La Nouvelle-Zélande pèse de plus en plus dans l'équation indo-pacifique, surtout géographiquement, dans une zone où la Chine multiplie les accords de sécurité et les investissements. L'Inde veut y renforcer sa présence, pour ne pas laisser le champ libre à Pékin.

    Avec cette tournée, Narendra Modi tisse patiemment un filet d'alliances pour sécuriser à long terme minerais et lignes maritimes vitales dans un espace de plus en plus disputé.

    À lire aussiIndo-Pacifique: Narendra Modi en tournée en Indonésie, Australie et Nouvelle-Zélande

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  • Chine: ce que «l'accident» d'avion à Pékin dit du pays de Xi Jinping
    Jul 3 2026
    C'est un accident qui n'est pas censé arrivé en plein de coeur de Pékin. Un avion de tourisme s'est écrasé sur le plus haut gratte-ciel de la capitale. Une brèche de sécurité inédite dans un État qui veut tout contrôler. Des actes de violence suicidaire, la Chine en connaît périodiquement, y compris dans sa capitale sous haute surveillance : de l'attaque à la voiture-bélier sur la place Tiananmen en 2013 au bulldozer lancé sur un marché bondé de Pékin fin mars dernier. Mais un avion qui s'écrase sur une tour, c'est inédit. L'accident date du vendredi 26 juin, mais les circonstances et une partie des détails sur le pilote ont été révélées ces tout derniers jours. C'est un homme de 66 ans dénommé Liu qui a précipité peu avant 18h heures locales son petit avion de tourisme contre une fenêtre de la Tour CITIC, du nom d'un énorme conglomérat étatique, en plein cœur du quartier d'affaires de la capitale. Soir le plus haut gratte-ciel de Pékin - 528 mètres -, le 7e plus grand de Chine. L'avion a percuté le 83e étage à quelque 400 mètres de hauteur. Ce jeudi, les autorités ont donné leur version des faits : l'homme était suicidaire, en témoigne son journal intime. L'accident fut néanmoins très angoissant pour les Pékinois dans l'immeuble et autour : des photos d'évacuation dans les escaliers ont circulé. Dans l'imaginaire de tous, un avion qui s'écrase sur un gratte-ciel, c'est la peur du 11 septembre à New York. Heureusement, rien de comparable à Pékin. Pas moins de 13 blessés tout de même en plus du pilote décédé et des images, rapidement censurées, de flammes au pied de la tour et du train arrière de l'avion de tourisme. Mauvais timing Cette censure immédiate s'explique d'abord par un mauvais timing politique. L'accident n'arrive pas au bon moment pour le gouvernement chinois. Quelque jours plus tard, mercredi 1er juillet, le Parti communiste chinois marquait le 105e anniversaire de sa fondation. Le même jour, une nouvelle sur l'unité ethnique entrait en vigueur. Une loi très critiquée qui appelle à forger une « identité nationale partagée ». Concrètement, elle amplifie l'assimilation forcée des minorités - le mandarin est imposé à tous - et donne un cadre juridique à la répression des dissidents à l'étranger. Pour l'anniversaire du Parti, Xi Jinping a prononcé un discours très évocateur : il a appelé à l'adaptation du PCC mais surtout, à la discipline dans l'armée et à « mener résolument la bataille décisive, de longue haleine et globale contre la corruption ». Autant de mots d'ordre qui résonnent avec sa « lutte anti-corruption », une campagne de purges sans fin lancée en 2013 par le numéro un chinois, en particulier chez les militaires ces derniers temps. Cocktail explosif Or, la question de la corruption au sein de l'armée chinoise se télescope avec l'accident d'avion de la tour de Pékin. Car ce sont des divisions militaires qui sont chargées de la surveillance de 70% du ciel de la capitale, et du quartier d'affaires en l'occurrence. Des têtes pourraient tomber. La question agite les esprits : pourquoi l'avion de tourisme n'a-t-il pas été arrêté avant de percuter la tour CITIC ? Les experts nuancent : à Pékin comme à Washington, il est difficile d'envoyer un avion de chasse détruire en plein vol un petit appareil au-dessus de la ville. Cela provoquerait des débris, des blessés et un mouvement de panique disproportionnée. Par ailleurs, cet avion de tourisme a d'abord fait cinq fois le tour de l'espace au-dessus d'un des aéroports de Pékin, avait de disparaître des radars pour se diriger vers la tour CITIC. La supervision du ciel n'est pas prévue dans ce cas. Problème : la tour percutée était juste à côté de la zone interdite au survol parce qu'elle comprend les bâtiments clés du pouvoir central, dont Zhongnanhai, la résidence des plus hauts dirigeants du Parti et donc de Xi Jinping. Ce genre d'avion privé renvoie enfin à la question du privilège des élites qui ont les moyens de le piloter et souvent des laissez-passer officieux de la part d'une armée dont la corruption est une maladie bien réelle. Brèche dans la sécurité du ciel, image désastreuse d'inégalité sociale au moment d'une loi sur l'unité de la nation... Un cocktail explosif pour Xi Jinping, à faire disparaître de toute urgence.
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