• Pascal Bonniface - Comprendre le Monde : RDC - Rwanda, Assurer la paix et éviter le pillage
    Jan 7 2026

    Le 27 juin 2025, un accord de paix a été signé à Washington entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC), sous la pression du président américain. Cet accord met fin à un conflit vieux de plus de vingt ans, qui a causé la mort de plus de six millions de personnes. Pour la première fois, deux présidents ennemis, Paul Kagame pour le Rwanda et Félix Tshisekedi pour la RDC, se sont assis à la même table.
    Mais cette paix sera-t-elle durable ? Rien n’est moins sûr, tant les précédentes tentatives ont échoué.

    À l’origine, Kigali justifiait ses violations de l’intégrité territoriale de la RDC par la traque des génocidaires hutus réfugiés dans le Nord-Kivu, à l’est du pays. Ce prétexte a servi à légitimer le soutien du Rwanda à des milices locales, en particulier le M23, dans le but de piller les ressources naturelles congolaises. La RDC illustre la malédiction des ressources naturelles. Bien que dotée d’une richesse minérale exceptionnelle, elle est souvent qualifiée de scandale géologique, sa population demeure parmi les plus pauvres du monde. L’État congolais est affaibli : armée désorganisée, institutions fragiles, corruption endémique... Le pays reste donc largement exposé aux prédations extérieures.

    Si l’implication du président Trump a permis la signature d'un accord, elle n’est pas dénuée d’arrière-pensées : un partenariat économique a été simultanément signé entre Washington et Kinshasa, facilitant l’accès des États-Unis aux ressources du pays. Une paix, donc, qui pourrait bien servir davantage les intérêts des multinationales américaines que ceux du peuple congolais. Reste à savoir si Kinshasa saura défendre ses intérêts, reconstruire un État fort et transformer cette paix fragile en véritable opportunité pour sa population. On ne peut que se réjouir de la signature de cet accord, mais la vigilance reste de mise.

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  • Pascal Bonniface - Comprendre le Monde : OTAN-Trump, le pari gagnant de la brutalité
    Jan 7 2026

    Le sommet annuel de l’OTAN, qui s’est tenu les 24 et 25 juin à La Haye, s’est conclu par un net succès diplomatique pour Donald Trump. En dépit de ses attaques répétées contre les alliés européens - imposition de tarifs douaniers, déclarations agressives, multiples tentatives de décrédibilisation - ces derniers ont fait preuve d’une remarquable docilité face aux exigences américaines. En première ligne de cette attitude conciliante : Mark Rutte, le nouveau secrétaire général de l’Alliance.

    Les États membres se sont engagés à porter leurs dépenses de défense à 5 % du PIB d’ici dix ans, un objectif peu réaliste quand on sait que les États-Unis eux-mêmes n’atteignent pas ce seuil. Tous ont accepté cet alignement, y compris la France. Seule l’Espagne a exprimé une opposition à ces exigences.

    En contrepartie, les États-Unis ont réaffirmé leur attachement à l’article 5 du traité, garantissant une assistance mutuelle en cas d’agression. Toutefois, Donald Trump a souligné que l’article peut être interprété de différentes manière. Cette posture accentue les incertitudes quant à la fiabilité de la protection américaine, d’autant plus la question d’une stratégie commune face à l’agressivité de Moscou a été largement éludée.

    Dans un rapport de force déséquilibré, céder à Trump ne traduit pas une sympathie, mais une faiblesse des pays européens. Il est nécessaire de tenir lui tête.

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  • Pascal Bonniface - Comprendre le Monde : " Sioniste ", " génocidaire ", " antisémite "...
    Jan 7 2026

    Plusieurs termes qui émergent dans le débat autour du conflit israélo-palestinien sont aujourd’hui utilisés comme des insultes. Toutefois, cette rhétorique brutale ne correspond pas à la réalité de ce qu’ils décrivent. Il convient donc de revenir à leur véritable signification afin d’éviter les amalgames.

    Être sioniste ne signifie pas soutenir les bombardements sur Gaza mais seulement être partisan de la création et de l’existence d’un État israélien. Certains sionistes peuvent être qualifiés de messianiques. D’autres sont néanmoins fondamentalement universalistes. Ces derniers sont attachés à l’existence d’Israël sans que cela implique de nier les droits des Palestiniens. De même, un autre amalgame est fait avec le terme de « génocidaire », utilisé de manière abusive pour parler des soutiens de Benyamin Netanyahou, y compris à l’étranger. Si nombre d'entre eux nient les exactions commises par l’armée israélienne, tous n’y participent pas. Finalement, le vrai débat autour de Gaza se situe, pour les juifs, entre communautaristes et universalistes et, pour les non-juifs, entre occidentalistes et universalistes.

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    7 mins
  • Pascal Bonniface - Comprendre le Monde : Frappe Américaine sur l'Iran, un regard géopolitique
    Jan 7 2026

    Pourquoi Donald Trump est-il intervenu en Iran ? C’est la question que l’on se pose au lendemain des frappes américaines survenues ce dimanche 22 juin sur trois sites d’enrichissement nucléaire iraniens. Souhaitait-il prouver qu’il tenait les rênes du conflit au Proche-Orient ? Ou, au contraire, à démontrer sa capacité à mettre un terme à cette guerre entre Israël et Téhéran ? Quoi qu’il en soit, les bombardements américains illustrent une fois de plus la primauté de la puissance au détriment du droit international dans ce conflit.

    Par cette décision, Donald Trump opère une double rupture avec la ligne politique américaine de ses prédécesseurs d’une part, mais également avec les promesses faites à son électorat d’éviter un engagement du pays dans de nouvelles guerres d’autre part. Par ailleurs, au lieu d’agir en véritable initiateur, le président américain semble adopter une posture de suiveur des intentions de Benyamin Netanyahou. L’Iran est désormais isolé, tandis qu’Israël est de plus en plus redouté mais aussi détesté sur la scène internationale.

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  • Pascal Bonniface - Comprendre le Monde : La farce de la guerre pour la démocratie
    Nov 25 2025

    Après le lancement de l’opération « rising lion » par Israël le 13 juin 2025, déclenchant les hostilités avec l’Iran, le gouvernement de Benyamin Netanyahou a justifié cette attaque en invoquant l’argument de « légitime défense préventive ». Cette rhétorique a été reprise par de nombreux pays occidentaux pour justifier les actions israéliennes, les mêmes qui se disent défenseurs du droit international. Or, ce dernier interdit le recours à la force dans les relations internationales depuis 1945, excepté en cas de légitime défense – à la suite d’une attaque – ou de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. De même, que vaut la justification de ces frappes au nom d’une « guerre pour la démocratie » ? Même si une part importante de la population iranienne est hostile au régime actuel, peut-on considérer qu’ils soient favorables aux bombardements et à l’ingérence de forces étrangères venues « libérer » leur pays ? D’autant que l’argument de la « guerre pour la démocratie », déjà invoqué par le passé lors du conflit en Irak (2003) ou en Libye (2011), a mené à des échecs cuisants. Ce raisonnement s’apparente donc plutôt à une stratégie pour légitimer les actions de l’État hébreu et invisibiliser, en parallèle, la situation à Gaza.

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  • Pascal Bonniface - Comprendre le Monde : Nethanyahou, pari géopoltique risqué, succès diplomatique
    Nov 25 2025

    Jusqu’où ira l’escalade entre Israël et l’Iran ? Si l’objectif affiché de cette « guerre préventive » menée par Benyamin Netanyahou est d’éradiquer le programme nucléaire iranien afin d’empêcher Téhéran d’accéder à l’arme atomique, la volonté de provoquer un changement de régime est également avancée par le gouvernement israélien. Il s'agirait d'un pari géopolitique à haut risque. Afghanistan, Irak, Libye… les précédentes interventions militaires de ce type se sont toutes soldées par des désastres.

    L’assise politique de Benyamin Netanyahou se voit renforcée, tant à l’échelle nationale qu’internationale. Alors que plusieurs pays européens commençaient à critiquer ouvertement les actions de l'armée israélienne à Gaza, ils ont manifesté un soutien sans réserve à Israël. Pourtant, malgré l’antipathie que peut inspirer le régime iranien et son programme nucléaire, ces frappent demeurent une guerre d’agression contraire au droit international.

    À l’heure où devait se tenir un sommet pour travailler à une solution politique au conflit israélo-palestinien, le fossé entre pays occidentaux et Sud global ne cesse de se creuser, révélant une fois de plus la géométrie variable de l’attachement au droit international des puissances occidentales, en particulier européennes.

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  • Pascal Bonniface - Comprendre le Monde : Madleen, la croisière ne s'amuse pas
    Nov 25 2025

    L’expédition du voilier Madleen de la coalition « Freedom flotilla » transportant douze militants – dont l’activiste Greta Thunberg et l’eurodéputée La France insoumise Rima Hassan – a pris fin alors qu’il tentait de rallier la bande de Gaza. Le navire a été arraisonné par l’armée israélienne tandis qu’il se trouvait encore dans les eaux internationales, preuve, une fois de plus, que Tsahal fait fi du droit international. Bien que l’aide humanitaire, certes maigre au regard des besoins urgents de la population palestinienne, n’a pu être acheminée, l’opération de communication a néanmoins permis d’attirer l’attention sur la situation à Gaza. Mais face à l’impuissance volontaire de la communauté internationale, les chances que cette expédition ait de réelles conséquences positives pour la population de l’enclave restent extrêmement faibles.

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  • Pascal Bonniface - Comprendre le Monde : Reconnaissance de la Palestine, un véto israélien ?
    Nov 25 2025

    À l’approche de la conférence pour la Palestine prévue à New York le 18 juin prochain, les doutes grandissent quant à la reconnaissance de l'État palestinien par la France. En effet, les conditions qu’avaient émises le président Emmanuel Macron, dont la reconnaissance en retour d’Israël par les États arabes et en particulier l'Arabie saoudite, semblent de plus en plus inaccessibles, du fait du désastre humanitaire en cours dans la bande de Gaza.

    Cette timidité de la France interroge. Elle souhaite reprendre une place centrale dans le règlement du conflit israélo-palestinien. Mais ce réveil est tardif : 148 États reconnaissent déjà officiellement la Palestine. En outre, les critiques d’Emmanuel Macron, qualifiant la situation humanitaire à Gaza d’« inacceptable », et l’impression d’une volonté de la diplomatie française de ne pas froisser Israël entrent en contradiction pour finalement sembler accorder un droit de véto à l’État hébreu. Benyamin Netanyahou n’a donc aucun intérêt à faire des concessions pour faciliter la résolution du conflit.

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